dimanche, juillet 09, 2006

Peu Me Chaut Les Catacombes

Cette ruelle bouchée était autrefois une antre de lepreux : les malades s'y regroupaient là comme dans un mourroir, et leurs corps faibles ou inanimés jonchaient le pavé, au milieu d'un concert de râles.

Aujourd'hui, les nombreuses congrégations religieuses qui s'étaient, signe des temps, portées au secours de ces condamnés, les recueillaient dans des hospices en périphérie de la ville.

Les gens de la Cour des miracles, superstitieux à l'extrême, n'avaient jamais voulu réinvestir les lieux, craignant que quelque magie diabolique ne portât la maladie en leurs propres corps.

Ainsi l'impasse et les cahutes qui la bordaient, ne connurent plus la vie un certain temps. De la Cour, ce lieu était bien le seul où rien ne se passait.

Mais Peu Me Chaut, qui s'était une nuit attardé, était passé à proximité. Et, pris d'une nausée telle qu'en ont parfois ceux qui abusent d'une mauvaise piquette, était allé s'adosser à un mur de la ruelle... et après avoir exteriorisé une montée de bile indélicate, s'y était endormi.

Au matin, ou plutôt au zenith le lendemain, remis et dispos, il avait entrepris l'exploration de la ruelle, histoire d'y dénicher quelque outil, objet, obole...
Entrant dans la dernière maison au bout de la rue, celle qui fait impasse, il trouva une cave, et au fond de cette cave, un escalier qui s'enfonçait dans le noir, comme une plaie béante dans la Terre.
Il y était descendu, et y avait redécouvert les tunnels humides de ce qui s'avéra être les antiques catacombes romaines.


Il est à la Cour, royaume sous le Royaume, une autre enclave, celle-ci non-encore corrompue par la morale des pénitents ou l'argent des patentés. Les catacombes.
Les tunnels mortuaires qu'avaient creusé les aïeux : les entrailles antiques de la sous-ville.

Là, très souvent, et à l'abri de l'agitation en surface, venait méditer Peu Me Chaut.

D'ici, tout était possible. Les ossuaires, creusés en alcôves à même les parois des galeries, faisaient de parfaites niches à qui voulait, sournoisement, tendre de déloyales embuscades. Une ancienne salle d'armes, à proximité d'un filet d'eau (la "Seconde Seine" comme se plaisaient à l'appeller les habitués du lieu), servait de lieu de villégiature à Peu Me Chaut.

Car Peu Me Chaut, regnait sur les Catacombes de la Cour des Miracles.

Seuls avaient droit d'y entrer saufs, des enfants, des orphelins qu'il avait pris à sa charge, et qui lui apportaient nourriture, parures dérobées, et même... assouvissement personnel.
Ces mêmes gamins et ces gamines, parvenus à la fleur de l'âge, allaient ensuite faire leur vie à la surface, mais sans oublier le tuteur qu'il fut pour eux : les filles, devenues catins pour la plupart, donnaient quelques oboles aux gosses des catacombes, leurs "petits frères"... Les hommes se montraient bien moins reconnaissants materiellement, mais leur enfance dans les Catacombes, leur origine souterraine, constituaient une fierté commune comparable à de la solidarité, chose peu banale à la Cour.

Peu Me Chaut, lui, connaissait tout de la Cour de Miracles. Il y montait souvent et se fondait anonymement dans la foule agitée. Il y percevait tout, voyait tout, entendait tout. Et le reste, ses "enfants" le lui apprenaient.
_________________
PEU ME CHAUT,
Découvreur & Maître des Catacombes de la Cour des Miracles

3 Comments:

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Anonymous Anonyme said...

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16 août, 2006 07:11  

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