dimanche, juillet 09, 2006

Sermon 21 juin 1454


Zaïm, le dos voûté par la désespérance, entra dans la cathédrale à petits pas trainant.

Il s'assura que la batisse était vide puis se jeta à genou.


Seigneur, Aristote, mon pote,

Je vais t'en raconter une, elle est excellente : j'ai jamais cru en toi. Je vais même te dire mieux, le dogme, ça me les hache menu. Miuex! J'y connais rien du tout.

Déja, je croyais pas trop en toi mais maintenant, tu commences à me gaver gravement. Je me lève le maffre pour vaporiser un peu de foi sur ces tanches de fidèles. J'ai bossé plus qu'à mon tour pour la gloire de ta ganache et qu'est-ce que j'ai en retour? Des nèfles!

Alors, tu vas me faire le plaisir de te remuer un peu pour me faire un destin d'archipape, sinon, je vais m'énerver!

C'est vrai, quoi! J'ai pas une thune, une tête de boeuf - pas moyen de serrer une grosse à la taverne. Je pue des pieds, je refoule du goulot et je vois bien que ma calvitie plus que naissante n'arrange pas le tout.

C'est ça, l'avenir de tes serviteurs? Vieillir, mourir, le tout dans une sale odeur d'encens et d'aisselle de bigote?

Mets moi la folie, l'extase, la fureur, le désordre... Enfin, fais un truc, quoi!

Bon, ça va pour cette fois, je vais même en remettre une couche mais je le répèterai pas, hein?

Zaïm se releva et constata que son dos lui faisait mal. Aristote est mesquin...


______________________


A peine sorti de la cathédrale, Zaïm vit s'amasser la foule habituelle des culs-bénits.

Erreur fatale : ce soir, c'est office du mercredi... Oubli tragique.


Bon, magnez vous, j'ai pas que ça à faire moi... J'avais prévu d'aller m'en jeter un ou deux avant d'aller pioncer mais bon... maintenant que vous êtes là, je vais pas vous virer...

Une vieille dame ronchonna.

Quoi, qu'est-ce que t'as toi? T'en veux une? Fais gaffe, je suis un peu tendu, ça peut partir à tout moment!

La vieille se renfrogna et ramassa une grande mandale sur le museau. Elle s'affala comme une bouse sur le parvis.

Y a d'autre client? Bon... Rentrez tous, faites pas de bruit et tout se passera bien.

Zaïm prit place sur l'autel et contempla la foule, l'oeil maussade.

Bon! Les bonnasses au premier rang! Y en a marre de toujours supporter la vue des vieilles peaux enroulée dans des loques noirâtres!

Bien, puisqu'il faut prêcher, préchons...

Il faut que vous soyez bien gentil, vous dites bonjour à la dame et vous mouchez votre nez. Sinon, Aristote en personne viendra vous mettre une grosse race. En cas de péché, versez 100 sacs à l'Eglise, vous serez pardonnés.

ça, c'est fait!

Face aux fidèles stupéfaits, Zaïm renonça à remballer ses affaires pour aller croupir dans une quelconque taverne.

Non mais sérieux, vous trouvez pas qu'on se fait gravement chier dans cette cathédrale? ça daube, on raconte n'importe quoi, c'est long, il fait chaud...
Et vous venez quand même, dégénérés que vous êtes... Vous avez pas une maison, des enfants, une épouse à honorer ou une partie de carte en cours?

Allez, vous me faites peine, on va jouer à un jeu.

La rangée de gauche, vous gueulez "Aristote, mon pote!", à droite, vous la bouclez.

Bon gré, mal gré, les fidèles s'exécutent.

Pas terrible... A droite maintenant!

A peine plus fort, la rangée de droite beugle.

Ouais... Je vais chanter un peu, et quand je vous fais signe, vous gueulez.

C'est tipar!

Pas d'Paradis, point d'salut
Dans ce bien triste monde
Où se vautrent Mafflus,
Loqueteux et Immondes
M'en fous, je ris, je bois, je rote

Zaïm fait un grand signe et la foule s'écrit "Aristote, mon pote!"

Paye ton encens, cousin
Lache l'ostie, le picrate de messe
Ce soir, on va claquer des fesses
j'ai trop rongé mon frein
Pense bien aux porteurs de calotte

Zaïm fait un grand écart facial, pointant du doigt la foule qui s'écrit "Aristote, mon pote!".

Je déclame à l'arrache
Pas le temps d'préparer
Que donnent donc les fidèles effondrés?
Certains leur aval, les autres crachent
Seigneur, j'arrête là, me manque une rime en "ote"

Zaïm lève les bras au ciel et, la salle hurle "Aristote, mon pote!"



Voila! Vous êtes content?

Maintenant, lachez moi les basques jusqu'à la prochaine fois où j'aurai envie de voir vos tronches.

Ciao et Amen!
_________________

3 Comments:

Blogger Dame Angelo said...

AAAAAAAAAAAAAMEN !

09 juillet, 2006 02:56  
Anonymous Anonyme said...

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09 août, 2006 14:02  
Anonymous Anonyme said...

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16 août, 2006 04:10  

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