mardi, septembre 26, 2006

Abbû Kîhngam

Une roulotte suivant ce long cortège semblait plus terne, plus effacée encore que celles qu'elle suivait. L'intérieur en était amménagé mais pour une personne, dont le fratras incroyable trônait sur divers rateliers et étagères fixés dans la maison mobile tant bien que mal.
Au centre de la seule pièce exigue se tenait un homme pouvant paraître agé, sa longue barbe descendante jusqu'au milieu de sa poitrine. Entièrement nu, sauf un pagne léger, à peine immaculé, il prenait pourtant le luxe de se couvrir la tête plutôt qu'autres membres plus arborés, présentant aux yeux du monde une peau abimée, trop longtemps laissée à l'ardeur de l'astre solaire sans en être protégé.

Abbû fermait les yeux, profitant des chaos de la route pour mettre à profit tout son enseignement privilégié. D'origines lointaines et de moeurs souvent hérétiques, il avait trouvé refuge près des personnes de ce cortège énigmatique et s'y était attardé. Toute sa vie n'était qu'absence de douleur, et il se le prouvait encore pendant le trajet, offrant son arrière train à une planche cloutée aux pointes acérées qui pourtant ne le blessaient pas tandis qu'assis dessus, il méditait tranquillement et semblait presque somnoler.

La caravane s'arrêta, et brusquement, il fit un faux mouvement, s'écorcha un instant avant de penser, tout haut, comme à ses habitudes taciturnes.


Manque d'entraînement. Dix oeufs sauvent l'arène d'un boeuf sacré! Le grand Esprit doit m'en vouloir de n'être plus consciencieux. Cela doit changer... il le faut...

Il ouvrit les yeux tandis qu'il se levait, de toute sa maigreur effilée et élancée, grande et fine tandis que son regard aux yeux en fente parcourait les dégats d'un freinage trop brusque en son antre désensibilisée. Epées, cimeterres, broches et haches peuplaient les meubles sans d'un sang une tâche.
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