mardi, septembre 26, 2006

Anoblissement d'Emyriel

Monsieur le Chien avait suivi sa mère maquerelle dans ce lieu qui fleurait bon la croupe rose et bien nourrie. Elle lui avait fait signe de se faire assez discret dès leur entrée. En revanche, elle n'avait rien dit concernant le buffet ou les ravissants fessiers qui l'entouraient.

Il se mit donc, aussi discrètement que possible, en quête d'un bout de barbaque qui lui apaiserait cette faim terrible qui le rongeait. Son poil brillant et sa truffe humide montraient qu'il était bien entretenu. Quant à ses manières, pour ne point dénoter avec l'assistance, il levait fièrement son petit bout de queue, avait le museau bien droit pour ne pas renifler le sol, et faisait bien attention à ne laisser que modérément traîner sa bave.

Faisant son chemin entre les tables, les mollets blancs et les robes à traîne, le clébard semblait faire sienne cette pièce. D'ailleurs, il commençait tellement à se sentir chez lui qu'il décida de faire le tour du propriétaire à la recherche des points caninement stratégiques. Il en repéra quelques-uns, et leva la patte derrière un certain nombre de tentures. Il confondit d'ailleurs la robe d'une petite dame ronde avec une tenture...

Lorsqu'elle commença à hurler en le pointant du doigt, il montra les crocs... On n'aurait pu faire la différence entre ses gencives et les restes de viande crue accrochés à ses dents. La dame habillée en rideaux se calma très vite.

Il reprit donc dignement sa petite promenade, et sentit la faim le tirailler, Quitte à tirailler, autant le faire volontairement. Il se dirigea donc vers une table, et plutôt que de monter sur la table se servir, ce qui eut été particulièrement impoli, il tira une nappe jusqu'à faire tomber un plat... Des légumes, mauvaise pioche. Il tira encore. Encore raté : des fruits secs. Le vacarme attira l'attention sur lui, et ce n'était pas bon. Le regard désapprobateur de sa maîtresse lui fit comprendre qu'il fallait être plus discret. Il fit ses yeux de cocker, et obtint une petite tape sur la tête, ainsi qu'un énorme gigot, qu'il s'empressa d'aller massacrer affalé quelque part.

Monsieur le Chien tenait à son standing, et c'est pourquoi il choisit ce grand fauteuil un peu surélevé d'où il pourrait surveiller toute la pièce, et s'assurer que rien ne puisse arriver à sa propriétaire. Il gardait particulièrement à l'oeil cet empaffé d'enfumé qui faisait ses ronds autour d'elle, et qui était le centre de l'attention. Il grognait d'ailleurs à son attention dès qu'il tournait le regard vers lui ou la dame.

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